Le plagiat consiste à utiliser les écrits, les idées, les réflexions, les analyses ou les arguments d’une autre personne sans citer correctement la source originale. Il s’agit d’un problème croissant dans les universités, qui résulte en grande partie du fait que les étudiant·e·s s’appuient trop sur l’intelligence artificielle et l’internet. Tou·te·s les étudiant·e·s qui rédigent des travaux sont vivement encouragés à relire les sections appropriées du Règlement général des études et des évaluations (RGEE) de l’UCLouvain. Cependant, certain·e·s étudiant·e·s ont demandé des conseils supplémentaires concernant le plagiat, que ce guide a pour but de fournir. Même si vous pensez bien comprendre ce qu’est le plagiat, vous devez lire attentivement ce document. L’ignorance de la politique ne sera pas une excuse si vous commettez par inadvertance un acte de plagiat.
Vous ne pouvez pas citer les résultats d’un outil d’intelligence artificielle (comme ChatGPT, Gemini, etc.) comme source dans un travail. Ceci est dû au fait que, dans les écrits académiques, les auteurs doivent être responsables de l’exactitude de ce qu’ils et elles ont écrit. Les outils d’intelligence artificielle ne sont pas en mesure d’assumer cette responsabilité et ne peuvent donc pas être cités dans le cadre universitaire. Imaginez, par exemple, que l’outil d’IA produise un texte plagié ou des citations mal attribuées, que vous citez ensuite dans votre travail. (Ce n’est pas improbable, compte tenu de l’architecture des large language models.) Cela créerait une situation paradoxale de fraude académique qui ne pourrait être attribuée à personne en particulier.
Cela n’empêche pas d’utiliser un outil d’IA pour améliorer votre style ou traduire des textes d’une langue à une autre, à condition que cette utilisation de l’IA soit mentionnée dans le travail lui-même. Vous êtes toutefois responsable de relire votre texte lorsque vous utilisez des outils de cette manière, afin de vous assurer que l’outil n’a pas modifié le sens de votre texte ou introduit des changements involontaires. Cela n’empêche pas non plus d’utiliser un outil d’IA comme une sorte de partenaire de « dialogue », de la même manière que vous pourriez discuter de vos arguments avec un·e ami·e ou un·e autre professeur·e. Tout comme ces discussions ne sont généralement pas citées dans les articles académiques, ces utilisations de l’IA peuvent également passer sans citation.
Vous pensez peut-être que le plagiat ne se produit que lorsqu’une personne copie directement une source sans la citer. Cependant, le plagiat peut prendre différentes formes. Voici quelques-unes des formes les plus courantes.
Explication : Il s’agit de plagiat même si vous incluez une référence après le passage. Pourquoi ? Parce que vous prétendez avoir utilisé une autre source uniquement à titre d’information, mais qu’en réalité, vous l’avez utilisée pour fournir la formulation exacte. Étant donné que vous n’utilisez pas seulement les idées d’autrui, mais aussi leur style d’écriture (un processus qui ne nécessite aucune compréhension du sujet ni aucune compétence en rédaction), cela doit être signalé par des guillemets.
Explication : Il s’agit probablement de l’une des formes de plagiat les plus courantes et les plus insidieuses. Elle peut toujours être considérée comme une violation des normes académiques, même si vous fournissez une citation. La raison en est la suivante : même lorsque vous rédigez un article de recherche complet, vos professeur·e·s attendent de vous que vous fassiez au moins deux choses : a) acquérir une meilleure compréhension du sujet grâce à vos recherches, et b) organiser et exprimer cette meilleure compréhension à travers votre écriture. Cette expression peut en effet intégrer les idées ou les analyses d’autres sources. Cependant, lorsque vous paraphrasez de près l’écriture de quelqu’un d’autre, vous pouvez en fait contourner et la compréhension du sujet et la recherche d’une manière de le synthétiser et de le présenter. Au lieu de cela, vous consacrez votre énergie à la tâche linguistique qui consiste simplement à reformuler ce qui se trouve devant vous, un travail qui ne nécessite guère plus que des connaissances linguistiques de base et un bon dictionnaire des synonymes. Lorsque vous procédez ainsi, même en citant la source, vous donnez une fausse image de votre compréhension du sujet et prétendez avoir rédigé quelque chose que vous n’avez pas écrit. Si vous devez vous appuyer fortement sur une autre source pour rédiger une partie de votre travail, il est préférable de fournir simplement une longue citation.
Comment savoir si vous vous appuyez trop sur une autre source ? Pour la plupart des travaux, vous devriez pouvoir rédiger l’essentiel de votre document sans avoir d’autres sources directement sous les yeux. Le processus de rédaction doit être guidé par votre propre compréhension des enjeux, qui résulte de vos recherches préalables. Périodiquement, lorsque le besoin s’en fait sentir, vous devrez peut-être vous tourner vers d’autres sources pour trouver des citations et des références afin d’intégrer les idées d’autres personnes dans votre rédaction. Mais la plupart de vos travaux ne devraient pas nécessiter la consultation directe d’autres sources.
Explication : Lorsque les professeur·e·s lisent vos travaux, ils et elles ne recherchent pas seulement votre compréhension du sujet, mais aussi votre capacité à vous exprimer à ce sujet. La plupart des professeur·e·s veulent voir que vous avez suffisamment réfléchi au sujet pour construire votre propre analyse. Lorsque vous reprenez les analyses, les idées, les commentaires et les arguments d’autres auteurs sans les citer correctement, vous trompez votre lecteur en lui donnant l’impression que vous avez trouvé cela par vous-même.
Cependant, certaines affirmations que vous avez apprises ne nécessitent aucune citation lorsqu’elles sont reproduites dans votre travail. Il s’agit d’affirmations très basiques relevant du « savoir commun » sur un sujet donné, disponibles dans plusieurs sources et probablement incluses dans les lectures et les cours magistraux. Des affirmations telles que « Aristote était un philosophe influent » ou « Les déterministes durs nient que les êtres humains aient le libre arbitre » sont tellement incontestables et élémentaires que personne ne les considérera comme l’expression de votre propre analyse. Ce type d’affirmations ne va pas au-delà des platitudes générales et ne sera donc pas considéré comme reflétant une compréhension particulière du sujet. Toutefois, si vous lisez quelque part une affirmation plus évaluative qui exprime une analyse unique, telle que « Aristote a eu beaucoup moins d’influence sur Thomas d’Aquin que ne le supposent la plupart des commentateurs » ou « Les déterministes durs comprennent mal la nature réelle de la liberté », alors l’adoption d’une telle affirmation dans votre travail vous oblige à en citer la source. De telles affirmations expriment une perspective particulière sur le sujet et nécessitent donc une compréhension plus approfondie. Sans citer la source de ces idées, vous vous attribuez le mérite du travail acharné d’une autre personne. Les étudiant·e·s novices dans un domaine d’étude peuvent parfois ne pas savoir si quelque chose relève ou non du « savoir commun ». En cas de doute, citez votre source. Vous pouvez également me consulter si vous avez des questions.
Pour illustrer ces points, supposons que vous rédigez un article sur la nature de l’esprit et que vous décidiez d’utiliser l’extrait imaginaire suivant tiré d’un site web :
Si toutes les formes de dualisme s’accordent sur le fait que certains aspects de l’esprit sont non physiques, il existe un désaccord considérable quant aux états ou propriétés mentaux qui ne font pas partie du domaine physique. Par exemple, certains dualistes affirment qu’il s’agit de la dimension qualitative de l’esprit, c’est-à-dire la « sensation brute » qui accompagne les douleurs, les chatouilles, les états émotionnels et autres sensations. D’autres philosophes affirment que c’est le caractère représentatif de nos croyances et de nos pensées, le fait qu’elles concernent quelque chose d’autre. Cependant, l’argument le plus convaincant en faveur du dualisme se concentre sur la nature subjective de la conscience elle-même, qui concerne à la fois les sentiments et les pensées. (Jones, 2003, Notre Dame Example of Plagiarism, URL=www.dontcheat.com).
Si vous copiez une partie de ce passage sans fournir de citation et sans mettre de guillemets autour du texte copié, vous commettez un plagiat. Les professeur·e·s peuvent exiger différents styles de citation. Peu m’importe celui que vous utilisez, tant que toutes les informations pertinentes sont fournies. Dans la plupart des cas, il suffirait probablement de faire quelque chose comme ceci :
« … l’argument le plus convaincant en faveur du dualisme se concentre sur la nature subjective de la conscience elle-même, qui concerne à la fois les sentiments et les pensées » (Jones, 2003).
Vous devrez ensuite indiquer la référence complète du site web, y compris l’URL, sur une page de référence séparée :
Jones, W. (2003), Notre Dame Example of Plagiarism. URL=www.dontcheat.com.
Supposons maintenant qu’au lieu de copier le site web, vous reformulez ce passage de la manière suivante :
Bien qu’il existe un désaccord considérable sur les états ou propriétés mentaux qui ne font pas partie du domaine physique, tous les types de dualisme s’accordent à dire que certains aspects de l’esprit ne sont pas physiques. Par exemple, certains dualistes affirment qu’il s’agit de l’aspect qualitatif de l’esprit, c’est-à-dire les « sensations brutes » qui accompagnent la douleur, le chatouillement et d’autres sensations. D’autres dualistes affirment qu’il s’agit de la nature représentative des croyances et des pensées, c’est-à-dire le fait qu’elles concernent autre chose qu’elles-mêmes. Cependant, la raison la plus convaincante de croire au dualisme examine de près l’aspect subjectif de la conscience elle-même, et cela s’applique à la fois aux sentiments et aux pensées (Jones, 2003).
Même si vous citez la source pertinente, cela constituerait tout de même une violation du code de conduite, car vous ne vous êtes pas contenté·e de glaner quelques informations sur ce site pour les intégrer dans votre travail. Vous avez plutôt utilisé le site web pour fournir un plan de rédaction point par point, et votre propre texte n’est qu’une variante syntaxique de ce qui se trouve sur le site. Si vous comptez vous appuyer autant sur ce qui est écrit, vous feriez mieux de citer directement le site web.
Supposons plutôt que vous ayez utilisé ce passage de la manière suivante :
Certains ont argumenté que c’est le caractère subjectif de la conscience qui apporte le meilleur soutien au dualisme (Jones, 2003). Cependant, je vais maintenant soutenir que c’est l’existence de notre libre arbitre qui offre le meilleur moyen de soutenir le dualisme.
Ici, le site web est correctement cité comme source d’une affirmation substantielle, mais il n’est pas utilisé comme modèle pour la rédaction du texte. Cela est tout à fait approprié.
Enfin, supposons que vous utilisiez le site web de cette manière :
Alors que les dualistes s’intéressent souvent au caractère qualitatif ou représentatif de l’esprit pour défendre leur thèse centrale selon laquelle l’esprit n’est pas physique, la raison la plus forte d’être dualiste découle de la dimension subjective de la conscience elle-même.
Bien qu’il soit moins évident que ce passage exploite le site web comme modèle de rédaction, il utilise une affirmation spécifique et substantielle tirée du site web qui reflète une compréhension approfondie et une perspective spécifique sur le sujet. Par conséquent, l’utilisation de cette affirmation nécessite une référence au site web. Sans citation, il s’agirait d’un cas de plagiat.
Supposons que vous ayez simplement affirmé ceci :
Les dualistes soutiennent que l’esprit est, d’une certaine manière, non physique.
Bien que la même affirmation soit faite sur le site web, il ne serait pas nécessaire de la citer, car il s’agit d’une déclaration très basique, exégétique et communément admise qui n’apporte rien de nouveau ni de perspicace. Comme elle ne fait que réitérer la définition courante du dualisme, il n’est pas nécessaire de la citer.
L’internet est généralement une source d’information peu fiable, car il n’existe aucun mécanisme de contrôle de la qualité ; n’importe qui peut créer un site web et se prétendre expert dans un domaine donné. Privilégiez des sources reconnues, comme Wikipedia, l’Encyclopédie philosophique, ou le Stanford Encyclopedia of Philosophy.
Les outils d’intelligence artificielle commettent encore régulièrement des erreurs fondamentales concernant les contenus philosophiques techniques. Il s’agit précisément du type d’erreurs que vous ne serez pas en mesure de détecter à moins d’être un expert en la matière, et que votre professeur sera susceptible de détecter.
Les étudiant·e·s ne se rendent pas compte à quel point il est souvent évident qu’ils et elles empruntent à une autre source. Je connais bien toutes sortes de sources philosophiques, tant en ligne que sur papier. Une recherche rapide sur Google d’une expression qui semble étrange permet presque toujours de trouver immédiatement la source dont un·e étudiant·e s’est inspiré·e.
Utiliser vos propres écrits dans plusieurs cours sans autorisation explicite constitue une violation du code de conduite.
Utiliser le travail d’un autre étudiant d’une manière qui enfreint les conventions décrites ici constitue une violation du code de conduite.
Les procédures appropriées de citation et de référence sont présentées dans des ouvrages de référence tels que le Chicago Manual of Style et A Manual for Writers of Term Papers, Theses and Dissertations.
Il s’avère souvent plus difficile de commettre un acte de plagiat et de le dissimuler que de simplement rédiger un travail honnête.
Si vous vous trouvez dans une situation difficile, venez m’en parler. Je préfère de loin trouver une solution avec vous plutôt que de passer du temps à rechercher dans votre bibliographie des sources hallucinées par l’IA, à enquêter sur le plagiat et à m’entretenir avec le vice-doyen et le VRAE. J’ai pour principe de signaler tous les cas de plagiat.
Le plagiat est une forme déplorable de malhonnêteté : c’est mentir sur ses propres réalisations. Cela revient à s’attribuer le mérite du travail d’autrui ou à falsifier ses propres références pour obtenir une promotion. Que penseriez-vous d’une personne qui a pris de l’avance sur les autres en mentant sur ses réalisations ? Si vous commettez un plagiat, vous êtes cette personne.
En cas de doute, fournissez toujours la référence !
Ce document a été élaboré sur la base des directives relatives au plagiat du département de philosophie de l’University of Notre Dame (qui ne semblent plus être disponibles en ligne). Je les remercie de nous avoir permis de l’utiliser comme modèle il y a des années, lorsque j’étais doctorant.